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Pourquoi pas Bio ?

La réponse ne tient pas en une phrase.

Les principaux problèmes au Guatemala dans les milieux ruraux et indigènes, là où est cultivé le café, sont :

  • la malnutrition,
  • le travail des enfants,
  • les droits sociaux existants mais bafoués,
  • le manque d’accès à l’éducation,
  • le manque d’accès aux soins,
  • les violences faites aux femmes et féminicides,
  • les grossesses adolescentes.

La certification Bio, coûteuse de manière disproportionnée, ne tient pas du tout compte de ces problèmes qui pour nous sont la véritable priorité.

Petite note de contexte pour comprendre les enjeux

La civilisation Maya tenait pour seul culte celui de la nature. Le ciel et la terre, la faune et la flore, le soleil et la lune sont au centre des croyances ancestrales des peuples qui avaient compris que l’être humain faisait partie de la nature.

La conquête espagnole et catholique puis la colonisation venue du nord ont eu pour conséquence de détourner les indigènes de ces valeurs, au profit de la religion et du capitalisme négligeant voire méprisant la nature.

En 1944, une mobilisation du mouvement indigène par voie démocratique a mis fin à des décennies de dictature. En 1954, alors que les terres volées par l’empire colonialiste américain allaient être rendues aux indigènes, la CIA organisait un coup d’état qui fera plonger la Guatemala dans une « guerre civile » durant laquelle plus de 200 000 indigènes furent exterminés sous prétexte de menace communiste.

Depuis 1996, fin officielle du conflit armé, le peuple guatémaltèque se relève difficilement de cette sombre histoire. Le pays est gangrené par le racisme anti-indigène, auquel s’ajoutent narco-trafique, corruption, emprise capitaliste et religieuse d’origine principalement étasunienne ne laissant que peu de chance aux populations rurales et indigènes de se relever, de retrouver un équilibre avec la nature ou de s’extraire de la pauvreté et de la famine.

Comment pouvons-nous, consommateurs riches, agir pour rétablir un peu la balance ?

Une rémunération plus juste. A l’heure actuelle, les familles pauvres ont besoin de faire travailler les enfants pour assurer leur survie. En rémunérant suffisamment les parents pour nourrir toute la famille, on sauve les enfants de la nécessité de travailler.

L’éducation. Les enfants qui ne vont plus travailler doivent pouvoir aller à l’école. Il faut donc des écoles, des maîtres, des maîtresses, des manuels, des livres, de quoi dessiner, lire et écrire. Former des éducateurs, généraliser l’éducation civique et sexuelle : respect des femmes, apprendre aux femmes à se défendre des violences qui leur sont faites.

La nutrition et la santé. Donner les moyens aux communautés de retrouver la terre, de cultiver les fruits et légumes, et leur permettre de manger autre chose que la tortilla et le sel, ou de mettre du Coca Cola dans les biberons (en fait ils n’ont même pas de biberon, les bébés boivent le Coca-Cola à la paille, j’en suis témoin…). Accès à des centres de soin : des médecins, des transports pour s’y rendre… médicaments, contraception, avortement des grossesses adolescentes suite à des viols…

Néglige-t-on alors pour autant la nature ?

Au contraire ! Par une rémunération plus juste, on soulage aussi la pression du besoin de productivité, et on réduit donc le recours de produits polluants comme les engrains ou pesticides. Par l’éducation et la formation ainsi rendues possibles, on ré-apprend les techniques respectueuses de l’environnement.

Les méthodes d’agriculture durables sont déjà en place ou en cours d’installation dans les fermes – même sans certification Bio – car ce sont aussi des évidences environnementales et économiques : réutilisation de l’eau pour le traitement du grain et l’irrigation, compostage, permaculture, biodiversité…

Alors quels sont le bons repères ?

Traçabilité, commerce équitable, développement durable. Ce sont les trois piliers du café de spécialité. Café Chulo effectue un travail considérable d’enquête de traçabilité et de communication sur ces valeurs. Bien sûr nous n’en sommes qu’à nos débuts et la route est longue. C’est pourquoi nous voulons être très clairs et très fermes afin de recueillir votre soutien. C’est aussi pour cela que nous souhaitons nous concentrer sur le Guatemala. Notre relation de « proximité » avec le pays nous assure une meilleure visibilité.

Les labels  qui prennent en compte ces problématiques, et les seuls qui sont importants à nos yeux sont les labels UTZ et Rainforest Alliance. Ainsi par exemple, la ferme La Bolsa, Huehuetenango, Guatemala n’est pas certifiée Bio, mais ses pratiques sont déjà conformes aux valeurs du Bio et, en plus, grâce à Rainforest Alliance, une école prend en charge les enfants des ouvriers, leur apportant encadrement, éducation et nutrition. Ces enfants, ce sont les femmes et les hommes de demain qui prendront soin de la planète.

Le Bio c’est la charrue avant les bœufs

La certification Bio à du sens dans nos pays surdéveloppés, où nous avons déjà fait la démarche de renoncer à l’agriculture conventionnelle; où nous disposons de la formation et des moyens nécessaires au Bio, où le salaire minimum et les droits humains et sociaux sont respectés, où un système d’éducation et de santé existe, et où en plus ces efforts bénéficient d’aides et de subventions.
Les labels Bio n’incluent AUCUNE des problématiques énumérées ci-dessus. 

Exiger le Bio à l’autre bout du monde est une absurdité contre-productive car en décalage avec les réalités locales, et détourné des priorités fondamentales. 

Prenez soin de l’Homme, il prendra soin de la planète.

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